


Parce qu’on avait déjà voulu grimper jusqu’au Col de la Bailletta quelques jours avant mais un bon gros temps de merde nous avait forcé à faire demi-tour aux trois quarts du chemin. Mais puisqu’on n’est pas du genre à se résigner, on a renfilé nos godasses boueuses et on est repartis, sous un ciel un peu plus clément cette fois, malgré les températures qui elles avaient tout de même décidé de nous emm***er. Trois degrés tôt le matin, ça s’approchait timidement des sept degrés quand on est partis. Et 1000 mètres plus haut forcément bah ça redescend un chouilla je vous laisse imaginer…
Mais c’est pas grave, en fait il suffit de se dire qu’on est en janvier et ça passe mieux.


On a donc laissé la voiture en bas et on a pris le chemin rouge là, ça veut dire que c’est le plus dur mais on n’est pas venus jusqu’ici pour suivre les sentiers de promenade du dimanche, faut pas déconner.
Et puis 1000 mètres de dénivelé c’est peut-être impressionnant comme ça parce que ça fait beaucoup de zéros mais finalement il suffit de mettre un pied devant l’autre et avancer et puis voilà.



Bon ça grimpe quand même sévère mais le paysage nous distrait du mal aux pattes, et Chouchou a l’air vraiment petit devant les grandes montagnes. Et puis on a croisé pas mal de monde…



Et puisqu’on n’est quand même pas des feignasses et qu’il était hors de question qu’on fasse demi-tour une seconde fois, malgré les quelques petits nuages qui devenaient de plus en plus gros au fil des heures, on a finalement posé le pied sur la Lune. Pas tout à fait mais bon, ça y ressemblait un peu. Du froid des cailloux du vent de la neige (quoi y’a pas de neige sur la Lune je t’en pose des questions moi ? non mais).
Bref, 2852 mètres, 1000 mètres de dénivelé, on a battu notre record on peut mourir heureux, amen.


Alors on a sorti la nappe à carreaux, le pain, le Beaufort, le Brézain, le Rebloch, le bleu de chèvre, le Persillé de Tignes, le Tarentais, la Chevrette du Châtelard, le Sérac, la Tomme fermière, les cornichons, le saucisson (faut que je reprenne ma respiration) … et l’indispensable crème de raifort !




On a quand même dû écourter notre pique-nique à cause de ces saletés de nuages qui commençaient sérieusement à devenir menaçant, et à nous foncer droit dessus. On s’est déjà retrouvés au milieu d’un nuage pendant une rando l’année dernière et on n’avait pas franchement envie de retenter l’expérience. On a donc tout remballé, du fromage encore plein la bouche, pour s’attaquer à la descente (qui m’aura coûté deux genoux, et qui aura coûté deux genouillères très inconfortables à notre porte-monnaie) mais sur le moment on pensait juste à essayer d’avancer plus vite que les nuages pour ne pas se faire saucer.





Vu qu’on avait pris un peu d’avance on a pu ralentir un peu vers la fin, et observer les autres chouettes bestioles qui ont croisé notre chemin.



On a emporté de la neige dans une bouteille et j’aurais bien ramené une marmotte mais je sais pas si elles aiment le fromage, et on a pratiquement que ça dans le frigo, c’est embêtant…


On a finalement retrouvé la Chouchoumobile qu’on ne voyait plus du tout depuis là haut, et on est passés par la boulangerie avant de rentrer, parce que cette fois une part de tarte avec un bon chocolat chaud nous tentait plus qu’un gros pot de glace, allez savoir pourquoi…






Parce que c’est pas parce que c’est juste à côté (ça fait beaucoup de parce que) qu’il ne faut pas prendre le temps de s’y promener (et remplir la glacière de fromages, mais est-ce vraiment utile de le préciser).




On a commencé par faire un tour au marché. On a juste regardé, parce qu’on avait déjà repéré un bon endroit où s’approvisionner en fin de journée.
Mais après avoir remonté toute la rue principale il fallait bien récompenser notre terrible et éreintant effort à la terrasse d’un café. Une part de tarte à l’ancienne (pâte de pistaches et griottes) et une tartelette aux myrtilles. Des grands cafés pour se réchauffer les doigts parce que malgré ce que vous imaginez ici c’est pas vraiment l’été, on se balade pas en slip juste après le petit-déjeuner.




Chouchou a acheté le journal, et moi quelques cartes postales, en espérant qu’elles arriveront plus vite que les autres (tu as finalement reçu celle d’Annecy ?).





On est passés devant une grosse chaussure, des vitrines très colorées qui en rappellent d’autres, l’année dernière. De belles maisons et des miroirs cassés, et puis la marmotte gourmande, qui si on s’approche un peu plus près se révèle être plus alcoolique que gourmande mais bien mignonne tout de même. Il y avait de très belles assiettes dans la boutique, mais ça aurait été compliqué à emporter.






On n’a finalement pas trop trainé avant d’aller voir quels fromages locaux on n’aurait pas encore goûté. Et vu que c’était pas vraiment cher, comparé à d’autres boutiques où on a rempli nos paniers la semaine passée, on ne s’est pas privés.





Une grosse bouteille de soupe à la courgette et au Beaufort, un bon morceau de Brézain (sorte de fromage à raclette fumé), du Persillé de Tignes (encore, mais celui-ci était moins affiné que celui de Claudine, il fallait qu’on goûte la différence), une grosse part de Tomme de Savoie fermière, des yaourts au lait de brebis, un bleu de chèvre, du Sérac (fromage frais fait à partir du petit lait qui reste après la préparation du Beaufort), c’est très peu salé, pratiquement sans matières grasses, le goût est très léger, mais c’est délicieux avec un peu de confiture ou en accompagnement du Beaufort, justement.





Et la dame nous a demandé toute étonnée « mais vous ne prenez pas de Beaufort ? » (pas un seul client ne repartait sans, visiblement) « merci mais on en a déjà un bon kilo dans le frigo ! ».






Il était encore un peu tôt pour dîner alors on est monté jusqu’au Châtelard, juste à côté. Il y a une vieille tour en ruine tout en haut mais on ne trouvait pas par où y accéder. En cherchant on a croisé des jolies petites peluches qu’on aurait bien rapportées avec nous, et puis un vieux monsieur bien gentil, à côté d’une fontaine, qui nous a montré le petit chemin qui monte pour qu’on puisse aller regarder la ville d’en haut.





En redescendant on est allés acheter une bouteille de Blanc de Savoie, pour cuisiner les diots que Chouchou a acheté l’autre jour à Beaufort, mais ça sera pour un autre jour.



On est allés s’installer sur la terrasse du petit restaurant en face du miroir cassé, parce que le croustillant au reblochon et poires caramélisées au miel nous obsédait depuis le matin, où on a eu la mauvaise idée de commencer par regarder les cartes des restaurants à peine arrivés.
Le propriétaire est très gentil et il aime bien poser sur les photos.



Les croustillants au rebloch étant sur la carte des entrées, il fallait bien choisir quelque chose de plus consistant pour la suite. Alors pourquoi pas une tartiflette aux cèpes, servie dans un plat plus large que moi, qui a tout de même nécessité l’aide de Chouchou pour qu’on puisse en venir à bout. Chouchou qui s’était déjà enfilé une souris d’agneau au romarin, visiblement très bonne vu qu’elle a disparu de son assiette en moins de dix minutes.



Je voulais m’attaquer ensuite à l’assiette du fromager, mais je me suis dit (à contrecœur) que peut-être deux plats au fromage c’était suffisant, alors j’ai opté pour la légèreté : un bon gros tiramisu aux poires caramélisées. Chouchou a choisi une belle assiette de glace au nougat.

Le retour au clair de lune était bien plus tranquille que celui depuis Aoste, et on a même croisé un joli petit renard qui nous observait depuis le bord de la route.
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Parce qu’on a beau se coucher un peu tard, vu que le propriétaire de l’appart du dessus se croit visiblement seul au monde, on est réveillés en fanfare (de perceuse marteau et autres horreurs dignes d’un chantier de voirie) tous les matins un peu avant 7h. Cela dit c’est charitable de sa part, ça nous économise un peu de batterie de nos portables puisqu’on n’a pas besoin de les faire sonner pour se lever. En même temps, on n’est pas venus ici pour ronfler toute la journée, mais quand même, on aimerait éviter la crise cardiaque de bon matin, si c’est pas trop demander.


L’autre avantage c’est que quand on se lève tôt on a le temps de se farcir 2h30 de route de montagne (il n’y a que 110 kilomètres mais vu la tronche des routes au ras de la falaise vous feriez pas les fiers non plus) pour aller manger du fromage (oui encore) de l’autre côté de la frontière.



On aurait bien un peu mieux exploré le Val d’Aoste tout entier mais on ne peut pas tout faire en une journée, on a donc filé tout droit (enfin non, justement, à vol d’oiseau ça doit être bien plus court) jusqu’à Aoste. En descendant par la route de Bourg-Saint-Maurice jusqu’à Séez, en remontant tout en haut jusqu’au col du Petit Saint Bernard, et en redescendant tout en bas du côté italien, tout ça par des routes qui vous font regretter d’avoir déjeuner le matin. On a croisé des jolis châteaux, des flancs de montagnes magnifiques, des imbéciles pressés de se retrouver au cimetière qui doublent dans les virages et autres curiosités locales.



On a laissé la Chouchoumobile au parking de l’Hôtel de Ville et on est partis marcher (il faut mériter son fromage !). Des petites rues étroites, encore, et des façades colorées. Les fleurs et le linge aux balcons. Les touristes sans gène qui voient bien que tu prends une photo mais qui se plantent quand même devant toi. Les terrasses de brasseries tous les deux mètres. On était obligés de s’arrêter. Chouchou a pris le panino Tipico (mocceta et fontina), et moi une sorte de bruschetta déstructurée (mais très très bonne). Je voulais prendre celle aux anchois mais le monsieur n’en avait plus.


Et c’est après avoir vidé toute une bouteille de San Pellegrino en mangeant que je suis allée tester les toilettes du Caffè Roma. Il faut aller au fond de la salle qui n’a pas de lumière, et il y a une porte à gauche. Ensuite un escalier et tout en haut la porte des toilettes joliment ornée d’un truc vert et rose qui clignote pour nous l’indiquer au cas où on n’aurait pas imaginé que ça puisse être là.
La porte en question donc, s’ouvre sur de charmantes latrines comme on n’en fait plus par chez nous, un trou dans le sol et puis voilà. Et le lavabo ne fonctionnait pas. Je vous épargne la photo parce que quand même, y’en a qui mangent ici.



Après quelques pas on n’a pas pu faire autrement que s’arrêter sur un banc pour partager une glace. Un gros gros cornet avec trois parfums, fior di latte, amarena, et amaretti. Parce que Chouchou voulait goûter une vraie glace italienne en Italie, sinon vous pensez bien qu’on s’en serait facilement passé.




On a ensuite dévalisé La Bottega degli Antichi Sapori (porta Praetoria, 63) étape indispensable si vous passez par là. On est repartis avec de la fontina, du vrai bon jambon d’Aoste (un morceau assez monstrueux d’ailleurs), de la polenta, un bon stock de riz carnaroli, de l’ail à l’huile, du balsamique, de la fondue à la fontina, de la mozzarella di bufala (la meilleure que j’ai jamais mangée, tellement bonne qu’on a pas besoin de mettre quoi que ce soit dessus), et d’autres bricoles à grignoter.






On est aussi passés chez Giorgi, pour emporter un sac plein de bricoles locales, qu’on a gardées pour le petit déjeuner le lendemain, quand même, faut pas déconner. Une sorte d’énoooorme strudel, avec plein de choses dedans, des morceaux de pomme cuite, de la confiture, des raisins secs, des noix… Et plein plein de tous ces petits trucs que vous voyez là, des petits choux à la pistaches et d’autres au praliné, des trucs et des machins à la crème au chocolat, des sortes de mini baci di dama au chocolat, etc, etc.



La glacière magique électrique et gigantesque a bien pris soin de tout ça pendant qu’on retournait remplir à nouveau nos sacs. On est entrés dans plusieurs librairies, qu’on aurait bien dévalisées elles aussi. J’en suis repartie avec un livre de Andrea Vitali, que j’ai déjà lu en français et que je vais tenter de comprendre en VO, on verra bien.

Je suis aussi tombée sur celui-là. Il ne fait pas 534 pages traduit en italien, mais il fallait que je le prenne en photo, vous comprendrez pourquoi.




Et puis on s’est arrêtés au Caffè Nazionale, pour écrire nos cartes postales et parce qu’en plus d’une glace italienne Chouchou voulait un café italien, c’est exigeant ces bestioles là quand même. Un caffè marocchino pour moi, et un caffè con panna pour Chouchou. C’était délicieux, et malgré le côté chicos-bling-bling du lieu, c’était bien moins cher que dans n’importe quel bouiboui qui vous sert du jus de chaussette de notre côté de la frontière.



Et les toilettes étaient propres ! Les premières toilettes propres qu’on a trouvées dans cette ville ! Je ne vous ai pas parlé des toilettes publiques qu’on a testé au milieu de l’après midi, des mouches partout, encore un lavabo hors service, et une chasse d’eau automatique qui se déclenche quand on s’assoit, donc on ne peut pas s’asseoir (alors qu’on avait pris soin de tapisser toute la cuvette de kleenex), merveilleux.




Avant de partir à la recherche d’un endroit où manger le soir on est entrés dans La Latteria, Chouchou a pris une sorte de compote de pêches aux amaretti et au chocolat. On n’a pas encore ouvert le pot, je vous en parlerai plus tard. On a aussi pris quelques petites scamorzas fumées (vous voyez, là, les sortes de petites boulettes un peu oranges) qu’on a grignotées tout de suite en ressortant.


Pour diner on a longtemps hésité (il y a tellement de cartes alléchantes qu’on ne sait pas où s’arrêter), on s’est décidés pour Pam Pam, Trattoria degli Artisti. Parce que c’était tout mignon. Et aussi parce qu’il y avait une carte entière pleine de spécialités du Val d’Aoste pleines de fromages…


Après un petit verre de vin on a commencé par la Pampanella e prosciutto crudo di St Remy en Bosses. Et même moi qui n’aime pas du tout la viande j’ai aimé (ce n’est pas faute d’avoir goûté à tout un tas de trucs quand Chouchou en achète). Ca m’a rappelé le saumon fumé, très très fondant, rien à voir avec la plupart des jambons de ce genre que j’ai déjà essayé de manger, sans succès parce qu’on dirait de la semelle et je déteste ces textures là. Bref, vu que Chouchou en a acheté un morceau monstre à la Bottega, je pourrai en remanger quand on sera rentrés.


On s’est ensuite lancés dans une expérience périlleuse (mais on avait déjà mangé une fondue à Abondance en plein mois d’août l’an dernier alors on est habitués), un bon gros plat d’hiver alors qu’il faisait plus de 35 degrés dehors (et le resto n’était pas climatisé hein). Chouchou a pris la zuppa di farro e orzo grattinata, et moi la Vallpelinetze, une soupe au pain, au choux vert, et avec une quantité monstrueuse de fontina fondue et gratinée sur le dessus. On pensait aussi prendre une polenta gratinée à la fontina mais on avait déjà l’estomac bien plein après avoir vidé nos gamelles.
Et puis on a acheté de la polenta et de la fontina à la Bottega, on pourra se préparer ça dans quelques jours.

On n’est tout de même pas passés à côté du plateau de fromages pour terminer, de la fontina, des fromages de chèvre au miel et aux noisettes, plusieurs tommes différentes (huit fromages en tout) et une bonne cuillère de confiture d’oranges aux épices.

Un petit café et puis la note. Et finalement c’était très peu cher, vu la quantité, et la qualité. Et l’accueil. Bref, une très bonne adresse à recommander (Via Maillet, 5/7).

Le retour très tard le soir était compliqué. On s’est un peu perdus en sortant d’Aoste (c’est tellement bien indiqué…), et puis une fois le col passé, de la pluie, des nuages pires que de la purée de pois, on n’y voyait pas à un mètre devant la voiture, des éboulement de terre et de caillasses au milieu de la route, mais on est tout de même rentrés sans filer droit dans le fossé…

















