534 pages avant la fin du monde


Arras, encore une fois.


Pas tout à fait la dernière parce qu’on y retournera pour signer les papiers chez le notaire, et il reste quelques cartons à déménager…


Mais avant de partir (parce que toutes les habitudes ne sont pas ennuyeuses) il faut aller acheter la brioche (qui voyage sur mes genoux et que Chouchou mange sans les mains), dans la boulangerie sur la place à côté de chez ma mère parce que c’est la meilleure (à force on a étendu la tradition à d’autres voyages et leurs brioches locales mais l’idée vient de là).


Il faut aussi une bonne pile de disques dans la boite à gants, un bouquin parce que 480km c’est quand même long, et une petite bestiole (parce qu’il n’aime pas être enfermé dans la valise comme les autres et surtout parce qu’il aime aussi beaucoup la brioche).



Il faut donner des sous à la machine, s’arrêter à peu près au milieu du chemin, dans l’aire d’autoroute qu’on connaît par cœur, acheter une bouteille qui pétille parce qu’on y a pris goût un peu avant pendant les vacances. Ne pas trop trainer quand même parce que l’heure tourne. Parce que comme d’habitude on voulait partir tôt le matin mais comme d’habitude on a démarré après 15h, et le monsieur qui fait les frites ne reste pas dans son petit camion toute la nuit.




Il faut éviter de se tromper de chemin, donner encore des sous à la machine, rouler un peu vite le soleil dans les yeux (vous remarquerez qu’on n’a toujours pas lavé le pare-brise depuis les vacances, mais c’est pas grave ça fait plutôt joli sur les photos) en se disant que c’est pas souvent, d’habitude il pleut…



Et arriver à temps en se disant qu’on a bien failli ne pas avoir de frites du weekend parce que c’était fermé les deux jours suivants. Evidemment il y a toujours moyen d’en acheter ailleurs mais c’est pas pareil, parce qu’on les achète toujours là parce que c’est les meilleures du monde (je vous l’ai déjà dit mais dans deux semaines je suis vieille alors j’ai le droit de radoter).



On a pris 3 grandes frites (une chacun et une autre pour la petite bestiole qui aime la brioche mais qui aime aussi beaucoup les frites, si si j’vous jure !), une fricadelle pour Chou (parce que c’est un goinfre, tout le monde le sait), et un sandwich au chèvre parce qu’il a même pas honte. En fait il est même plutôt fier, parce que faire entrer tout ça dans un seul estomac ça demande quand même quelques compétences particulières, qu’on ne peut acquérir qu’après des années d’entrainement intensif avec la boite à magie de Gérard Majax (vous savez celle qu’on voulait tous pour Noël il y a un peu plus de 20 ans pour faire le spectacle dans le salon à l’heure de la pub au milieu du film du soir, quand tes parents font mine d’être fascinés par tes prouesses parce que maintenant ils sont bien obligés, même s’ils ont quand même failli tout rapporter au magasin le jour où sur un ton solennel tu leur a annoncé que tu ne voulais plus être maitresse d’école plus tard, non, désormais tu voulais faire comme Gérard Majax…)




Bref, avec tout ça, il faut du fromage (ouais je sais on en mange tellement peu souvent…), et vu que le monsieur qui fait les frites a changé d’emplacement (avant il était à côté de l’hôpital, et il a déménagé juste en face d’Auchan), maintenant il n’y a qu’à traverser le boulevard pour se ravitailler.



Et comme si ça suffisait pas de pouvoir trouver des frites à tous les coins de rue, ici on trouve aussi des patates farcies, genre comme les tomates farcies de chair à saucisse mais ça doit encore pas être assez lourd alors ils remplacent les tomates par des patates. Moi je ne m’y risquerais pas mais vous faites comme vous voulez.



Chouchou a retrouvé un copain d’école au rayon des yaourts, alors ils ont papoté un peu.
Et au rayon fromages on a cherché partout mais il n’y avait plus de Carré d’Avesnes, alors on est repartis avec un Cœur de Thiérache, un Maroilles, un bon morceau d’Abbaye de Belval et une autre de Mont des Cats. Et on a oublié le Père Joseph qu’on prend à chaque fois, que j’ai quand même photographié mais le magasin allait fermer, alors on s’est dépêchés, et on l’a oublié.
Il fallait aussi prendre à boire…
Et rentrer réchauffer les frites avant de tout engloutir avec un litre de mayonnaise (légère, hein, il parait que c’est pas bien de manger des trucs gras alors…) devant le début d’une émission stupide, qui veut vous faire croire que faire la cuisine c’est comme la guerre et que t’es capable de rien si tu sais pas émincer un oignon en 3 dixièmes de secondes avec un couteau à 800 euros pendant qu’on te hurle dessus par derrière. Déjà que j’aimais pas la merdouille de l’autre chaine avec ses pancartes de notes et son cortège puant de crétins narcissiques qui passent tout le repas à dire que ouais mais nan tu vois ça vaut qu’un 3 ta purée là parce qu’il lui manque 6 secondes et demi de cuisson alors c’est dégueulasse tu comprends mais je t’en veux pas hein. Franchement ils ont jamais dû faire des tartes et des confitures avec leurs grands-mères quand ils étaient petits ces gens qui inventent des émissions pareilles… Bref, changez de chaine, et cuisinez pour vous faire plaisir, c’est la seule bonne raison.


Pour le petit déjeuner j’avais emporté un pot des confitures faites juste avant de partir, mais je vous en parlerai plus tard, bientôt.




Parce qu’il faut se mettre au travail, vider des placards pleins de vieilles gamelles plutôt chouettes, de merveilleux livres de cuisine poussiéreux avec des mises en pli comme ma grand-mère sur les couvertures, et des jolis papiers.
Fouiller dans le grenier, retrouver des assiettes, des GI Joe en plastique et des vieilles radios. Tout emballer dans des journaux et empiler les cartons.





Envoyer Chouchou racheter des cartons parce qu’il n’y en avait plus, et puis des œufs, pour faire un clafouti avec les prunes du jardin de mamie qu’on a apportées (je vous en reparlerai bientôt, des prunes, du jardin et des légumes).


Pour un très gros clafouti dans une très vieille cocotte il vous faut :
Un saladier plein de prunes du jardin de mamie (j’ai pas pesé, mais il y en avait beaucoup, de quoi remplir un saladier, à peu près gros comme ça vous voyez) comme des reines-claudes mais assez petites, 4 gros œufs, 3 c.s. bombées de ricotta, 1 c.s. bombée de crème fraiche épaisse, 100g de farine, 20cl de lait, 3 grosses c.s. de sucre en poudre, 5 grosses c.s. d’amandes en poudre, 2 c.s. d’huile d’olive, du beurre pour la cocotte et encore un peu de sucre pour saupoudrer.



Battre les œufs et ajouter la ricotta, la crème, l’huile, le sucre, la farine, la poudre d’amandes. Bien mélanger au fouet, pour éviter les grumeaux. Ajouter le lait, et bien mélanger, encore.
Couper les prunes en deux pour les dénoyauter, et beurrer généreusement la cocotte. Verser l’appareil, ajouter les prunes et saupoudrer un peu de sucre sur la surface.
Enfourner un quart d’heure à 220°C, déposer quelques tranches de beurre sur le dessus et saupoudrer un peu de sucre, encore. Poursuivre la cuisson une bonne demi-heure à 180°C.
Déguster encore tiède, à la cuillère, directement dans la cocotte.







Samedi on s’est un peu promenés, pour voir autre chose que des cartons : du chocolat par exemple, et des petits gâteaux pour le dessert, parce que le reste de clafouti s’est presque volatilisé au petit déjeuner. Une fleur de lys, un coup de soleil framboise, une petite verrine chicorée genièvre et une sorte de cornet en pâte feuilletée rempli de crème avec du caramel.
Un pain écureuil aussi, dans une autre boulangerie, rue St Aubert.




Et un peu plus loin une jolie boite en grès, en forme de petite maison, et pleine de chocolats, en forme de petites maisons. Je vous en avais déjà parlé, mais ça sert à ça les bonnes adresses : y retourner. En regardant en l’air, parce que les façades sont belles mais aussi pour surveiller, parce que le ciel bleu ne le reste jamais très longtemps.



Quand toutes les boutiques sont fermées marcher encore un peu, et s’arrêter sur une terrasse pour boire un verre avant de rentrer le temps que le soleil revienne. En fait il n’est jamais bien loin, c’est juste qu’il sait très bien se cacher…





Ne sous-estimez pas l’incroyable pouvoir de la tarte à la tomate…
18 août 2010, 18:07
Filed under: SALÉ | Tags: , , ,


… Qui a l’art de s’accorder avec à peu près tous les fromages (vous vous souvenez du chevrotin fermier l’année dernière), pour peu que vous n’y rajoutiez pas grand-chose de plus. Comme de la moutarde (parce que oui c’est bon avec juste la tomate mais imaginez avec de la mozzarella ou du chèvre, y’a qu’à moi que ça hérisse le poil ?), des sardines (au camembert ?) ou même des bananes Haribo (on ne sait jamais hein, on voit de ces trucs des fois)…



Vous ouvrez donc votre frigo et vous en sortez n’importe quel fromage. Sauf peut-être les trucs un peu trop chevelus (parce qu’ils sont trop chevelus), ou de la cancoillotte (parce que faut pas exagérer non plus hein, et parce qu’on m’a traumatisée avec ce truc infâme quand j’étais petite parce qu’à la cantine on te force à avaler cette morve verdâtre qui te fait penser à celle qui dégouline du nez de ton voisin de table, on se demande d’ailleurs comment cette immondice  a pu être inventée, faut pas être net, nan mais des fois)…


Et vous en sortez le Bleu de Bonneval rapporté des vacances et restez plantée devant le frigo ouvert la larme à l’œil en repensant aux vacances… à la chasse aux fromages dans un petit village où on en trouve plus qu’il n’y a d’habitants, à la douleur atroce qui vous tenaillait les genoux et votre élégante démarche qui n’était pas sans rappeler celle des oies près du parking…



Et donc votre Bleu de Bonneval vous ne savez pas quoi en faire (à part peut-être le poser sur un bout de pain mais ça risque de pas trop faire d’effet sur vos invités, on n’en avait pas mais c’est pas une excuse pour ne pas s’appliquer !), même après avoir épluché tous vos bouquins de cuisine entre deux crises de panique. Et c’est là que vous rouvrez le frigo, et vous remerciez le ciel le soleil (même si on le voit pas souvent lui en ce moment) les petits oiseaux les brins d’herbe et les fleurs des champs d’y avoir mis des tomates (parce que la farine l’huile et le sel si vous n’avez pas ça dans vos placards bah vous craignez et puis c’est tout).



Il ne reste plus qu’à faire la pâte :
Mélangez 120g de farine bise, 4 c.s. d’huile d’olive, 5 c.s. d’eau, un peu de sel et 1 c.c. d’origan déshydraté.

Foncez vos moules, ajoutez les tomates épépinées et joliment découpées, un bon morceau de fromage, quelques pignons, un filet d’huile d’olive, saupoudrez d’ail semoule et d’origan et enfournez, 20 à 25 minutes à 220°C.


Et s’il vous en reste vous pouvez même bricoler un truc pour l’apéro…



Le déjeuner du 15 août, pasta al forno.


Gianni, la cinquantaine bien tassée, vit seul avec sa mère en accumulant les magouilles pour boucler les fins de mois : ardoise longue comme le bras chez l’épicier, collection de factures impayées, et embrouilles avec la copropriété pour les rénovations diverses et variées de l’immeuble. Que le type du syndic lui propose de prendre à sa charge s’il veut bien s’occuper de sa mère à lui pendant deux jours (le temps d’une cure pour soigner son eczéma qui se révèle plutôt blonde avec 25 ans de moins que lui, à peu de choses près vue depuis la fenêtre) parce que la garde malade roumaine est repartie en Roumanie et que du coup il est bien emmerdé.


La fripouille se ramène donc avec sa mère… et sa tante. Et un gâteau (recouvert de la serviette du bidet) pour faire passer la pilule. Gianni qui n’a pas le temps d’en placer une se retrouve forcé d’accepter, et déjà épuisé à deux doigts du malaise après avoir installé ces dames. C’est là que le médecin de famille se paye une visite à domicile et lui fourgue lui aussi son aïeule (mode d’emploi inclus) pour le week end, pour cause de garde nocturne à l’hôpital.


Gianni qui se retrouve avec quatre octogénaires sur le dos alors qu’une seule lui faisait déjà grimper la tension écluse donc les verres de blanc parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire… à part aller faire les courses pour tout ce beau monde, jongler avec leurs ordonnances et régimes alimentaires pour éviter de les rendre complètement raides à leurs propriétaires respectifs, préparer le gratin de pâtes avec l’une, en rattraper une autre qui fugue minuit passé pour aller picoler à la terrasse du coin, déménager la télé que deux autres se disputent, et finir par les endormir avec des somnifères dans la camomille pour pouvoir s’allonger trois minutes à peine, avant de prendre l’ancêtre du médecin le nez dans le reste du gratin de pâtes alors qu’elle est interdite de fromage, de sauce tomate, et à peu près tout ce qu’il y a dedans du fait de ses problèmes digestifs.



Les grands-mères qui au départ s’ignoraient et seraient bien restées chacune chez elles finissent comme cul et chemise et refusent de repartir malgré l’insistance du propriétaire, qui finit par céder (et par deux fois) face à plusieurs billets verts et aux mines implorantes de ses convives…

(C’est Chouchou qui a pris cette photo là, pendant que je râpais le parmesan, elle est chouette vous trouvez pas ?)

Si on vous parlait d’un film qui pointe du doigt l’isolement et le mal être des personnes âgées vous craindriez peut-être de vous retrouver face à une campagne du gouvernement (la canicule, la Pentecôte, tout ça…) aux allures de mauvais téléfilm aussi bien filmé que Trop Dur la Vie. J’ai donc jugé plus pertinent de commencer par vous en faire un bref résumé avant que vous ne vous en fassiez une idée boiteuse.


C’est filmé avec trois bouts de ficelles, un budget de goûter d’anniversaire et des acteurs qui n’en sont pas, et ça a finalement eu un franc succès de l’autre côté des Alpes. C’est frais (c’est vrai), attendrissant, et très très loin de la plupart des grosses productions prétentieuses. Et c’est tant mieux.


Avec Chouchou on avait vu ce film l’hiver dernier, mais on a sagement patienté six mois pour vous en parler un jour bien à propos (et en profiter pour le regarder à nouveau après avoir piqué sa recette à Tante Maria), même si finalement les gratins de pâtes s’accordent pas mal non plus avec les froides soirées d’hiver.


Et même si ça ne dure qu’une heure douze on en reprendrait bien une part… A 80 anni, Nonna Maria fa ancora la pasta al forno più gustosa che ci sia !

Il vous faut : une bonne ration de penne, une boite de tomates concassées, une grosse mozzarella di bufala, 5 gousses d’ail, un bon morceau de parmesan, de l’huile d’olive, de la chapelure, de l’origan.


Cuire les pâtes al dente dans une grande casserole d’eau salée (pas plus parce qu’elles vont cuire à nouveau dans le four). Egouttez-les, ajoutez-y deux bonnes cuillères d’huile d’olive, mélangez et laissez-les refroidir dans un grand plat pendant que vous épluchez l’ail. Si vous l’avez déjà fait pendant qu’elles cuisaient vous pouvez ajouter les gousses coupées en deux dans le sens de la longueur, germe retiré (ou pressez-les si vous préférez), ajoutez ensuite la mozzarella coupée en petits morceaux, les tomates, l’origan saupoudré, et râpez une bonne quantité de parmesan. Terminez avec un peu de chapelure, un filet d’huile d’olive et enfournez 30 minutes à 200°C.


C’est rien de plus qu’un gratin de pâtes, mais si Tante Maria vous rebat les oreilles pendant la moitié du film en vous disant que c’est super bon, c’est que c’est super bon ! Et l’autre ne se serait pas relevée la nuit pour rien…




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