Filed under: SUCRÉ | Tags: beurre cru, cannelle, fromage blanc, gingembre, girofle, myrtilles, pâte sablée, poires, tarte

On n’y entre pas en tombant dans un terrier de lapin, mais les murs sont bel et bien garnis de placards et d’étagères. Pas de tableaux ni cartes de géographie, mais on y trouve aussi des pots de confiture d’oranges (et de cassis, de figues et beaucoup d’autres aussi) qui eux sont bien remplis*. Et tout un tas de beurres et de fromages au point qu’on ne sait pas lequel choisir (la solution c’est d’en prendre trois, ou quatre ou cinq ou six…), et qui ont tous l’air de vouloir vous dire « mange-moi ! ».

28 rue Musette, 21000 Dijon.

Le propriétaire des lieux ne porte pas de haut chapeau, mais il vous vendra très certainement le meilleur beurre que vous pourrez trouver (pour graisser votre montre ou tartiner à l’heure du thé).
Je vous en ai déjà parlé, de Monsieur Rouaud le fromager, mais c’est bien mieux de vous le montrer. Parce qu’il est plutôt gentil, il a accepté d’être photographié devant son grand frigo. C’est là qu’il cache le beurre Bordier, qui à défaut de vous faire grandir de quelques mètres, pourra être tenu pour responsable des trois affreux kilos que vous prendrez sous peu sur le derrière (à force de manger de la brioche, parce qu’il faut bien quelque chose sur quoi tartiner, on ne va tout de même pas le manger à la cuillère ce beurre Bordier, où tout du moins on n’osera pas l’avouer). Là regardez, dans la troisième rangée, un peu à gauche. Et les yaourts aussi, la cancoillotte, le lait, les fromages blancs…


Il y a à peu près tout ce que vous voulez en fait (sauf des homards qui dansent le quadrille, et personne ne viendra pour vous couper la tête), mais c’est bien ça le problème, parce qu’une fois entré on n’a plus trop envie de rentrer chez soi. Bon après c’est vrai chacun son truc, il y en a qui passent leur vie dans des magasins de fringues, moi je préfère les fromageries, et la douce odeur d’une Epoisses qui dégouline ou d’un chèvre crémeux, de loin bien plus flatteuse pour mes narines que les relents subtils des cabines d’essayage mal aérées des Galeries Lafayette. Mais après tout vous faites ce que vous voulez de votre samedi après-midi, j’ai peut-être des habitudes de retraitée mais quand le lundi j’entends mes condisciples se raconter leurs exploits du weekend je me dis que finalement c’est pas plus mal d’être vieille.

La semaine dernière on devait rendre un devoir dans lequel il fallait détailler sur plus ou moins trois pages et de façon argumentée, logique et ordonnée, ce qu’on avait l’intention de faire une fois le diplôme obtenu (poursuite d’études, concours, entrée sur le marché du travail blah blah blah). Un genre de « tu veux faire quoi quand tu seras grande » cuisiné à la sauce universitaire. Et j’aurais du répondre « grand-mère », les rides et rhumatismes en moins. Je pourrais lire toute la matinée, regarder pousser mes haricots, faire des tartes des confitures et du tricot, aller chercher mon beurre chez le fromager, des fruits sur le marché, et rentrer cuisiner quand d’autres vont respirer le graillon chez KFC. Bref, tout ce que je fais déjà sauf que je pourrais ne faire que ça de mes journées. Je suis pas sûre de la note que ça m’aurait rapporté et ils auraient sûrement pris ça pour une belle blague, voire même une insolente provocation. Mais c’est parce qu’ils n’ont pas goûté mes tartes…
« Avec quoi fait-on les tartes ? – Avec du poivre, presque toujours, répondit-elle. – Avec de la mélasse, murmura derrière elle une voix toute endormie. »


Mais il faut déjà faire la pâte : avec 200g de farine, 100g de beurre cru de chez le fromager coupé en petits morceaux, un jaune d’œuf, 70g de cassonade, une cuillère à café de sel de Guérande, deux de cannelle, deux autres de gingembre et deux encore de girofle (moulue hein, n’y mettez pas les clous entiers).
Mélangez avec les mains (même s’il y en a qui détestent ça), jusqu’à obtenir une jolie boule de pâte que vous mettrez au frigo le temps de préparer le reste.

Et pour le reste : 250g de fromage blanc Le Gilly (c’est un fromage blanc très très épais, si vous n’habitez pas dans le coin vous ne trouverez peut-être pas celui-là, et si vous n’avez pas d’équivalent sous le bras prenez des petits suisses, ceux enroulés dans du papier tout mouillé, les mêmes qu’il y a 30 ans, ça s’en approchera un peu, ne prenez pas un fromage blanc trop liquide, ça détrempera votre tarte), une grosse cuillère à soupe bien bombée de crème fraiche entière, un œuf, une grosse cuillère à soupe de miel de montagne, quelques cuillères de confiture de myrtilles de Savoie, deux petites poires et une poignée de myrtilles du marché.

Mélangez le fromage blanc égoutté, la crème, l’œuf battu et le miel. Lavez vos poires (ne les épluchez pas) et coupez-les en tranches.
Sortez votre pâte du frigo, séparez là en deux boules que vous abaisserez pour faire deux tartes d’environ 12cm de diamètre (il vous en restera peut-être un peu que vous pourrez grignoter pendant que les tartes cuiront). Utilisez des cercles à tartes, ça vous évitera la galère du démoulage. Tapissez le fond de vos tartes d’un peu de confiture de myrtilles, ajoutez ensuite la préparation au fromage blanc, puis les tranches de poires et les myrtilles, terminez par un filet de miel. Enfournez 45 minutes à 160/170 degrés (pas plus, sinon le fromage blanc ne va pas aimer). Laissez refroidir complètement les tartes à température ambiante avant de les mettre au frigo toute la nuit. Ah oui je vous avais pas dit, c’est un peu comme les cheesecakes il faut que ça durcisse au froid, mais bon on a un peu triché, il n’en restait plus qu’une le lendemain matin pour le petit déjeuner…
« Sur ce, le Lapin Blanc sonna trois fois de sa trompette, déroula le parchemin et lut ce qui suit : La Reine de Cœur ayant fait des tartes par un beau jour d’été, le Valet de Cœur a volé ces tartes et puis s’en est allé ! »


* Séance de rattrapage pour ceux qui n’ont pas tout suivi : Ca ne vous ruinera pas. (Non il ne suffit pas d’avoir regardé le truc pasteurisé et insipide de Burton pour s’en tirer à bon compte. Et puis Burton, c’était bien mieux dans le temps : oui je suis une vieille bique aigrie, pour ceux qui en douteraient encore.)
19 Commentaires actuellement
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Je te retrouve bien là avec cette jolie recette, les fromages et le beurre bordier ! Moi ça me donne envie de croquer dans une vieille tome au petit dej ou de plonger ma cuillère dans de l’epoisse !
Commentaire par Melopapilles 8 mai 2011 @ 02:27L’Epoisses au petit dej… ça c’est le truc de ma cousine. Moi le matin j’aime les choses un peu plus douces : chèvre frais, Régal de Bourgogne, etc. Par contre je peux en avaler une entière d’un seul coup un peu plus tard dans la journée ! :)
Commentaire par Alaska 8 mai 2011 @ 12:36Mon plus grand kiff le matin entre nous c’est le reblochon fermier. Ou le bleu ;) vivement la retraite !!!
Commentaire par Melopapilles 8 mai 2011 @ 17:31Voilà bien une recette qui me donnerait envie si cette rage de dent qui me tient depuis quelques jours ne me coupait pas tout appétit… En tout je retrouve avec grand plaisir ta verve toujours aussi verte ! Mais du coup, tu aiguises ma curiosité… Alors… Que veux-tu faire quand tu seras grande ? A part grand-mère bien sûr (si tu savais comme je me retrouve dans ce ‘plan de carrière’ ! Mais moi, pour le tricot, je suis déjà bien fournie… Ah oui ! T’ai-je dit que j’étais mercière ? Le boulot de grand mère par excellence !) ;-)
Commentaire par barbara 8 mai 2011 @ 06:29Quand tes dents auront fini de te faire des misères et que tout aura cicatrisé tu pourras te venger et manger deux fois plus de tartes ! :) Courage !
Commentaire par Alaska 8 mai 2011 @ 12:45Oui tu m’avais déjà dit que tu étais mercière, il y a longtemps. On avait déjà parlé tricot je crois, dans quelques commentaires.
Sinon, à part grand-mère, je veux être bibliothécaire. C’est un peu aussi un boulot de grand-mère en quelques sortes, c’est un travail plutôt calme, et il faut aussi aimer passer du temps à ranger, classer, organiser. De toutes façons ma formation s’appelle “Métiers du livre et du patrimoine”, donc c’est assez ciblé comme orientation :)
Quel joli post rempli de poésie…
Commentaire par Pucebleue 8 mai 2011 @ 08:52Tu dis ça pour les références à Alice ou pour les allusions très imagées aux effluves persistantes dans les cabines d’essayage ? :D
Commentaire par Alaska 8 mai 2011 @ 12:46Superbes ces tartelettes pommes myrtilles. A essayer. Bonne journée
Commentaire par Michèle57 8 mai 2011 @ 09:40Mouais… c’est des poires hein, mais bon, c’est sûrement pas mauvais avec des pommes ;)
Commentaire par Alaska 8 mai 2011 @ 12:47Excellente, cette “tarte au soleil couchant”. J’adore déjà la texture des cheesecakes, alors avec autant de bonnes choses dedans, je ne pouvais qu’apprécier :) Sinon, il faudra que je me replonge dans le célèbre roman de Lewis Carroll pour saisir toutes les subtilités de ce texte finement réfléchi. Bravo ma gourmande future bibliothécaire !
Commentaire par Chouchou 8 mai 2011 @ 17:40Bon, et le poivre et la mélasse, on en fait quoi alors ?
Commentaire par Annellénor 8 mai 2011 @ 22:46Ah ça… il faut demander à la cuisinière de la Duchesse !
Commentaire par Alaska 8 mai 2011 @ 22:49Quand tu seras grande , tu pourrais aussi être Reine de coeur …
Commentaire par clquipopotte 9 mai 2011 @ 06:44Belle semaine …
♥♥♥
Cette recette semble juste délicieuse ! Hop, dans ma liste des trucs à tester !
Commentaire par L'étudiante 9 mai 2011 @ 09:57Je comprends ton embarras à choisir, il y a de quoi être tenté, cette crèmerie est une vraie caverne d’Ali Baba ! Ta pâte me plait vraiment beaucoup … et puis la garniture également. Bref, je suis ravie de ton retour !!
Commentaire par Marie 9 mai 2011 @ 22:09tu donnes envie de faire un AR à Dijon rien que pour la fromagerie !
Commentaire par Roodkapje 9 mai 2011 @ 22:54Ah mais c’était toi “Alaska”?Je suis perdue avec tous tes pseudo moi!Et puis j’ai raté ton retour,j’ai plein de choses à rattraper!Ta belle tarte,elle me fait penser à une recette que j’ai vue à la télé ce matin dans une émission anglaise (un titre avec “river cottage” dedans),la fermière avait trait une vache qui venait de mettre bas (apparemment le lait est meilleur pdt les 3 jours suivant le vélage) et en avait fait un fromage blanc épais dans une casserole. Ensuite elle en a fait une tarte avec des raisins secs et de la crème.Bref je pourrais squatter ton blog pdt des heures à te raconter cette merveille! Bon je m’en vais lire tes autres articles!
Commentaire par létitia 10 mai 2011 @ 18:23Je découvre ton blog : un plaisir pour les yeux et les gourmands !
Commentaire par Isa 11 mai 2011 @ 09:59J’ai également un fromager à côté de chez moi , j’évite d’y aller trop souvent car je ne sais pas m’y retenir…
Je viens de tomber amoureuse de ton blog, littéralement.
Commentaire par Petit pot de beurre 5 juin 2011 @ 15:59