534 pages avant la fin du monde


De l’importance de la provenance des pailles
10 juin 2011, 20:47
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En raison d’une dangereuse incompatibilité entre mon amour immodéré pour les caramels mous et la relative solidité des plombages dentaires, j’ai dû me lever aux aurores pour aller faire chauffer la carte vitale. En rentrant de chez le dentiste j’ai naïvement pensé qu’un cappuccino passerait mieux qu’une grosse tartine de pain croquante pour soulager mon appétit, et je me suis tout bavé dessus à cause de ma mâchoire anesthésiée.
Le cerveau qui lui était encore en état de marche s’est dit qu’avec une paille ça serait bien mieux, mais c’est là que j’ai commencé à me demander si la paille n’allait pas se mettre à fondre dans le cappuccino brûlant et qu’en plus d’une hémiplégie temporaire je n’allais pas du coup gagner un empoisonnement au plastique suédois (sauf si les pailles Ikea sont fabriquées en Chine dans ce cas là ça changerait tout évidemment).

Et un cappuccino froid, bof, surtout avec les 15 degrés qu’il fait dehors, j’ai ressorti le gros gilet d’hiver alors un peu de logique bordel… Mais finalement j’ai quand même fait un truc froid. Mais vu ce que j’ai mis dedans il fait pas franchement figure de boisson fraiche et légère de fin de printemps, donc ça reste logique. Parce que la logique c’est important.
Et le cerveau qui aime les choses logiques s’est aussi demandé (dans un perplexe et élégant instant d’hésitation, sourcils froncés yeux dans le vide et moitié de bouche encore opérationnelle de travers) si tout ça n’allait pas finir en un tas d’immondes et poisseux grumeaux. J’ai tout de même plongé le mixeur, au point où j’en suis…
Et finalement ma journée n’est pas complètement pourrie. Même la couleur n’est pas si moche que ça, je m’attendais à un marronnasse façon vomi de nouveau né mais ça se rapproche plutôt d’un joli crème doré. Gloire à toi étrange breuvage furieusement calorique mais tellement bon !

Si toi aussi tu veux des calories pour toute la semaine il te faut : 3 bananes bien mûres (coupées en morceaux), 2 grosses cuillères à soupe de beurre de cacahuète (ramolli quelques secondes au micro-ondes), 1 cuillère à soupe de miel liquide, 350ml de lait entier, un bon gros coup de mixeur, et une paille.
J’avais aussi prévu de vous parler de toasts avec des fraises mais j’ai pas le temps, alors vous attendrez demain.



Gianni et le poulet aux cerises

Non je n’aime toujours pas la viande, n’allez pas imaginer n’importe quoi. Et je ne suis pas enceinte non plus. Je me souviens de la sœur d’une amie, végétarienne (ce que je ne suis pas, j’adore le poisson et tous ces trucs là, j’aime pas la bidoche c’est tout), qui quand elle attendait sa gamine était prise de crises de folie furieuse au milieu de la nuit qui ne passaient qu’après une orgie de poulet rôti (véridique).

Et Chouchou ne m’a toujours pas convertie à ces machins à la texture que je trouve proprement infecte. Mais, allez comprendre pourquoi, tant que je n’en mange pas, ça ne me dérange pas d’en cuisiner (enfin ça dépend quoi, il y a quand même des trucs dont l’odeur de cuisson est capable de me couper l’appétit pour quelques jours). Le seul problème c’est que dans ce cas je cuisine un peu en aveugle (enfin si on peut dire ça comme ça), j’ai la fâcheuse habitude de mettre les doigts dans le plat (en plus de grignoter les pâtes à tartes crues) pour goûter tout ce que je prépare, et là je peux pas. Mais visiblement je me démerde pas trop mal, puis que Chouchou termine toujours son assiette (c’est gentil ces petites bêtes là).
Et Chouchou a acheté des filets de poulet. Et il me restait des cerises. Alors je lui ai préparé sa gamelle de carne pour mieux me gaver de fromage (avec le reste du reste des cerises) pendant qu’il la mangera.

J’en profite aussi pour vous présenter mes deux nouveaux copains, Gianni et Alfonso, qui auront j’espère quelques jours de plus devant eux que mon défunt Alberto et ceux qui lui ont succédé. Paix à leur âme.
Ils sont plutôt beaux hein vous trouvez pas ?

Vous vous souvenez sûrement de Gianni, de sa mère, ses potes, son petit verre de blanc, ses problèmes d’argent, sa mère, les copines de sa mère, ses gratins de pâtes, j’ai déjà mentionné sa mère ?

On prend (presque) les mêmes et on recommence, et on retrouve notre Gianni en apprenti coureur de jupons, entrainé par son pote Alfonso qui tente de lui prouver que tout est encore possible puisque Maurizio et son survêt’ se tapent la buraliste. Mais ça ne serait pas drôle s’il ne se prenait pas une collection de râteaux spectaculaires, entrecoupés par les appels incessants de sa mère à qui il arrive sans arrêt des choses vraiment très très graves : 37.2 de fièvre, un mauvais contact du câble de la télé, ou une fausse crise d’hypertension comme prétexte pour qu’il vienne faire le service pendant que ces dames tapent le carton. Pas étonnant que Gianni n’ait plus que le chien de la voisine du dessous et le futur ex de sa fille à qui raconter ses misères…

Pour un vendredi soir avant d’aller au cinéma il vous faut : deux blancs de poulet (oui Chouchou mange les deux), 300g de cerises, 1 cuillère à soupe bombée de miel de forêt liquide, 2 cuillères à soupe de sucre à confiture (enrichi en pectine), une bonne rasade de Sangiovese Toscano (ou un autre bon vin rouge) un morceau de parmesan, de l’huile d’olive, quelques feuilles de basilic frais, et un peu de poivre du Sichuan.

Dans une poêle porter à feu vif les cerises dénoyautées, le miel, le sucre, une cuillère à soupe d’huile d’olive et le vin (un demi verre). Laisser compoter une dizaine de minutes à feu moyen en mélangeant régulièrement. Dans une autre poêle (oui faut être un minimum équipé, quand même) cuire le poulet détaillé en dés avec un filet d’huile d’olive, à mi-cuisson mouliner un peu de poivre du Sichuan. Servir les cerises sur le poulet, ajouter des copeaux de parmesan et quelques feuilles de basilic.



Confiture de cerises au Montepulciano et crème solaire
2 juin 2011, 13:30
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Quand le nombre de pots sur l’étagère à confitures diminue dangereusement (comprenez quand il en reste moins de vingt-cinq) je frôle la crise d’angoisse. Je les compte et je les recompte tous les jours pour prévenir toute disparition suspecte. Je sue à grosses gouttes quand j’ouvre un nouveau pot au petit déjeuner comme en période de guerre (enfin je suis quand même pas assez vieille pour avoir connu le rationnement même si j’aime jouer à la grand-mère).

Et je culpabilise à chaque cuillère. Mais pas pour des motifs diététiques. Je l’ai toujours dit, le meilleur moyen de ne pas s’escrimer à essayer désespérément de rentrer dans un bikini c’est de ne pas en avoir, de bikini. Les tenues de randonnée c’est beaucoup plus sexy. Si j’te jure. Et au moins y’a pas trois heures de queue à la caisse quand tu vas te racheter deux vestes polaires et cinq paires de chaussettes ultra-renforcées au mois de juillet. Et tu peux passer tes vacances à t’empiffrer de fromage (je sais on le fait déjà toute l’année, mais raison de plus pour continuer pendant l’été). Le rêve quoi.

Et pas d’embouteillages apocalyptiques sur l’autoroute ni de chaleur de fin du monde, pas de plage aussi bondée qu’un samedi après-midi dans un supermarché de banlieue, pas de colonies de mômes hystériques ni de sable dans le slip, et pas de sel qui te gratte partout comme si t’avais des poux. Le seul truc auquel on n’échappe pas c’est cette salope de crème solaire. Parce que ça colle même quand sur le tube c’est marqué que ça colle pas, parce que ça sent la poufiasse peu importe la marque et que même perchée à 3000 mètres en haut de ta montagne t’as l’impression d’avoir fait un séjour forcé chez Sephora. Mais on n’a pas trop d’autre choix que subir si on veut éviter de perdre une couche de peau le lendemain, après avoir hurlé de douleur toute la nuit.

Du coup il faut bien quelques pots de confiote pour recharger le stock et pour se mettre en condition, avant de partir la mort dans l’âme en quête du tube protection vingt-cinq avec lequel tu vas te tartiner pendant quinze jours. Et il va aussi falloir se décider sur la destination, une étude comparative approfondie entre fromages suisses et fromages autrichiens s’impose, ça occupera nos longues soirées hivernales du mois de juin (il fait tellement beau, hier j’ai rallumé le chauffage…).

Et depuis une dizaine de jours et à cause d’elle, je suis devenue complètement dingue des confitures au pinard, donc il était hors de question que les cerises passent à la casserole avant d’avoir picolé un peu. (Ca n’a rien à voir mais je me demande ce que le voisin du dessus, ou la voisine d’ailleurs, fait toutes les nuits à 2h40 du mat, j’entends des pas tout le temps à la même heure, il met son réveil pour aller faire la vidange ou il est somnambule, et très ponctuel ? Oui parce qu’il est 2h40 du mat là, j’écris mon truc avant d’aller dormir et je le poste le lendemain matin, parce qu’il faudrait quand même pas croire qu’au réveil j’ai rien de mieux à faire que d’écrire trente-cinq (j’aime bien écrire les nombres en lettres) lignes sur ce que j’ai mangé la veille. J’ai de la confiture à étaler sur mes tartines. Faut pas déconner.

Pour quelques semaines de petits déjeuners il te faut : 1,6kg de cerises (poids net équeutées, dénoyautées), 1,1kg de sucre enrichi en pectine, 350ml de Montepulciano d’Abruzzo (pour les cancres qui n’ont rien suivi, c’est un vin rouge).

Laver, équeuter et dénoyauter les cerises et les mettre dans la casserole jaune, ajouter le sucre, le vin et mélanger rapidement. Laisser macérer quelques heures.
Laver puis stériliser les pots, les couvercles, et tout le bazar quelques minutes dans une grande casserole d’eau bouillante. Envoyer Chouchou chez le fromager chercher de la cancoillotte et du Brillat Savarin pour le repas du soir parce qu’on ne peut pas être au four et au moulin. Mettre la casserole jaune sur le feu et porter à ébullition en mélangeant régulièrement. Laisser cuire à petits bouillons une quinzaine de minutes, en continuant de mélanger. S’il y a trop d’écume il suffit de la récupérer avec une cuillère avant que ça déborde et de la manger en faisant quand même un peu gaffe de ne pas trop se brûler.

Remplir les pots et les fermer immédiatement. Les retourner et ne plus y toucher jusqu’à ce qu’ils soient complètement refroidis. Lécher la casserole et tout laisser dans l’évier parce que c’est pas moi qui fait la vaisselle (enfin si ça m’arrive des fois quand même)…




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