534 pages avant la fin du monde


La fête du premier de tout et une pizza pour les grands froids

J’adore la pizza. Mais le problème quand j’en mange ailleurs que chez moi c’est qu’elle m’ennuie. C’est tellement tout le temps la même chose qu’on ne sait même plus laquelle choisir. Quand t’entres dans une pizzeria la plupart du temps t’as même pas besoin de regarder le menu pour commander. Y’en a qui vont me dire que oui mais non c’est pas vraiment pareil c’est juste que c’est subtil tu vois, moi j’y mets de l’origan sur ma margherita alors que l’autre gredin deux rues plus loin il met du basilic… Le seul espoir qu’il te reste c’est de commander une quatre fromages et d’ouvrir les paris pour deviner quels seront les deux autres en plus du parmesan et de la mozzarella, Ô joie !

Le pire c’est qu’en plus elles ont des noms, pour les rendre encore plus irrévocables, et que si par malheur tu lui enlèves sa mozzarella à Marguerite t’as l’impression de l’amputer d’un bras. Mon Dieu mais quelle horreur, oser mettre du morbier ! Et puis si t’enlèves la tomate c’est terminé, y’en a qui vont hurler que c’est plus une pizza avant de débattre pendant trois heures de ce qu’on a vraiment le droit de mettre dessus sans risquer d’aller brûler en enfer… Ils mériteraient qu’on les envoie au Groenland à grand coup de pied au cul.

Le truc c’est que là bas, une fois que t’as fait le tour du voisinage (à peu de choses près quelques centaines de kilomètres, deux ours, un ami imaginaire, une joueuse de ukulélé bien peu vêtue, trois cabanes en bois et un alambic) tu peux avoir vite fait de t’emmerder sur ta banquise… Mais les gens du cru ont tout compris, eux ! Et au lieu de hurler au scandale à chaque chose nouvelle ou quelque peu inhabituelle : gros orteil gangrené, petite culotte en soie, missionnaire ventripotent ou temple pneumatique, ils en profitent pour faire la bringue et fêter le premier de tout en éclusant des litres de gnôle maison, parce que ça réchauffe !

Alors fêtons dignement la première pizza aux blettes et au morbier de la saison !
Louis le Français aurait certainement apprécié, s’il n’avait pas plié bagages après s’être fait tuer théoriquement par un ours (les initiés comprendront bien que se faire tuer théoriquement n’est pas la même chose que se faire vraiment tuer, dans le premier cas on est bien sûr toujours vivant, c’est entendu)…

Dans un bol d’eau tiède diluez ½ c.c. de sucre en poudre et 25g de levure de boulanger fraîche. Laissez reposer 10 à 15 minutes le temps que ça gonfle. Dans un grand saladier mélangez 400g de farine T55, 1 c.c. de sel de Guérande, 10cl d’huile d’olive et le bol de levure. Pétrissez la pâte une dizaine de minutes, recouvrez ensuite le saladier d’un torchon humide et laissez votre pâte lever pendant deux bonnes heures loin de la banquise (près du radiateur ou dans votre four tiède mais éteint, 35°C environ).

Faites cuire 2 ou 3 petites pommes de terre dans une grande casserole d’eau, égouttez, épluchez et coupez en gros cubes.
Emincez deux oignons jaunes. Lavez ensuite une botte entière de blettes, prélevez les feuilles en retirant le maximum de nervures et conserver les côtes pour une autre recette (dont je vous parlerai bientôt). Coupez les feuilles en gros morceaux, et faites les tomber à feu doux dans une grande casserole avec un morceau de beurre salé (ça réduit beaucoup donc n’hésitez pas à mettre les feuilles de la botte entière).

Préchauffez le four à 240°C.
Prélevez environ la moitié de votre pâte, étalez-la avec les mains et garnissez de cubes de pommes de terre, oignons émincés, feuilles de blettes, 250g de morbier coupé en morceaux (ou plus), ajoutez 3 c.s. de crème fraiche entière épaisse en répartissant par petites touches sans trop approcher des bords pour éviter que ça coule en dehors de la pizza pendant la cuisson.
Enfournez 12 à 15 minutes, installez vous sur une peau d’ours et dévorez immédiatement, avec un gorgeon de Sam-Su pour faire descendre…
Et si jamais l’hiver s’éternise, vous pourrez entamer ensuite la lecture des dix volumes des racontars arctiques, qui s’avalent sans conteste aussi facilement qu’autant de bouteilles de Mort Noire dans le Grand Nord !



Quand je fais ma purée moi-même je suis sûre de ce qu’il y a dedans
26 janvier 2012, 19:50
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Parce qu’une vraie bonne purée c’est de vraies pommes de terre ramassées dans le jardin, cuites dans un grand faitout usé, épluchées par de vieilles mains ridées et écrasées dans un grand presse-purée à manivelle dans la cuisine de ma grand-mère. Juste de bonnes pommes de terre, un peu de lait et un gros morceau de beurre salé.

Et parce que les trucs en poudre me donnent envie de pleurer. Comme ces gamins élevés à la soupe déshydratée qui croient que les légumes poussent dans les rayons de supermarchés, ou que pour faire un gâteau il suffit d’ouvrir un sachet et d’ajouter un œuf. Ils n’auraient pas dû changer de slogan parce que je trouve ça vraiment gonflé.

Parce qu’il y en a qui disent qu’ils ont bien mieux à faire et que c’est trop long de cuisiner, je sais pas comment c’est chez vous mais moi j’ai pas besoin de pédaler pour que les plaques chauffent et les patates peuvent très bien cuire toutes seules pendant que je fais autre chose.
Un jour on vous vendra du bonheur en poudre vous serez les premiers à ouvrir grand la bouche pour avaler n’importe quoi.


A tous les adeptes des pâtes à pizza toutes prêtes, des soupes en sachets, des crèmes glacées en poudre et des fruits en barre parce que c’est vraiment trop pénible de manger une vraie pomme : vous vous flagellerez cent fois en chantant tous en cœur la recette suivante :

Purée de pommes de terre, céleri rave et navets boule d’or :
Epluchez un demi céleri rave, 3 pommes de terre à chair farineuse, et 3 navets boule d’or. Coupez les en gros morceaux et faites les cuire dans une grande casserole d’eau légèrement salée.
Emincez trois gros oignons jaunes et faites les cuire à la poêle à feu doux avec un morceau de beurre salé jusqu’à ce qu’ils caramélisent.
Egouttez les légumes, ajoutez 25g de beurre salé, 2 grosses c.s. de crème fraiche épaisse entière. Donnez quelques coups de mixeur et servez avec les petits oignons par dessus.

Dégustez à la cuillère dans le canapé, en regardant Les carnets de route de François Busnel, en essayant d’empêcher le chat orange de mettre son nez dans le bol…



tarte d’hiver (avec beaucoup d’été dedans)
22 janvier 2012, 18:56
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S’il y a une chose que je m’applique à répéter avec une ferveur monomaniaque (à part manger du fromage à tous les repas) c’est remplir des pots de confiture. Et les vider aussi d’ailleurs, plus vite que vous ne le pourrez jamais (j’ai de l’entrainement) et très souvent avec du fromage.

Et si on compte 2 pots par semaine, à raison de 52 semaines par an, auxquels on retire ceux que je donne, en tenant compte de ceux que j’achète, et des crises d’angoisse quand le placard à confiture devient dangereusement vide (ce qui implique qu’il doit être toujours relativement plein, même à la semaine 51, en considérant que la semaine 1 se situe quelque part au mois de juillet quand je commence mes premières fournées de confiotes) et des cas exceptionnels comme celui-ci où un pot entier part dans dans une recette, il faut donc que je fasse une soixantaine de pots chaque été (sans compter ceux que je fais l’hiver).

Et j’ai une fâcheuse tendance à avoir envie de manger la même pendant des semaines, alors il faut du stock. Mais il m’arrive parfois le dimanche d’être un peu audacieuse… Après le bol de fromage de chèvre à la confiture d’oranges du petit déjeuner, plutôt que refaire le même pour le goûter j’en fais parfois une tarte. Ruse minable je vous l’accorde mais qui permet tout de même de tenter un « mais-non-tu-vois-je-mange-pas-toujours-la-même-chose-des-fois-je-change » suivi d’un « si-t’es-pas-content-de-ce-que-je-cuisine-t’as-qu’à-bouffer-du-cassoulet-en-boite… » en cas de désaccord tenace.
Après pour sauver les meubles et paraître un peu moins timbrée on peut quand même changer de parfum de confiote…

Je pensais donc que je vous avais depuis longtemps parlé de la confiture d’abricots au romarin, vu que j’en fais une vingtaine de pots par an, mais il s’avère que non. Certes c’est pas aujourd’hui que vous pourrez la refaire, il faudra patienter un peu, sauf si vous vivez de l’autre côté du globe ou que vous avez envie de payer vos fruits 25 euros le kilo. Mais si vous en avez une du même genre dans vos placards vous pourrez quand même essayer la tarte, c’est déjà ça.

Pour la confiture il vous faut 2kg d’abricots, 1,2kg de sucre enrichi en pectine, le jus d’un citron et quelques branches de romarin.
La veille lavez les abricots et coupez les en gros morceaux, versez le sucre par dessus, couvrez avec un torchon et laissez macérer toute la nuit. Le lendemain ajoutez le jus de citron et portez le tout à ébullition dans une grande gamelle. Laissez cuire à petit bouillons une demi heure en remuant régulièrement et écumez si nécessaire. A mi-cuisson ajoutez les petites feuilles de romarin. Remplissez vos pots (que vous aurez stérilisés dans une grande marmite d’eau bouillante), fermez-les et retournez-les, laissez-les la tête en bas jusqu’à ce qu’ils soient bien froids.

Préparez ensuite la tarte en mélangeant avec les doigts 120g de farine de blé complet, 40g de flocons d’avoine, 60g de son d’avoine, 25g de beurre, 6 c.s. d’huile d’olive, 3 c.s. de jus de citron et une grosse pincée de sel de Guérande.
Etalez la pâte dans un cercle en ne remontant pas trop haut sur les bords, juste la moitié de la hauteur du cercle, c’est une tarte assez fine. Recouvrez le fond avec la confiture d’abricots au romarin pour former une couche d’1cm d’épaisseur et ajoutez des morceaux d’un bon fromage de chèvre au lait cru de chez votre fromager. Cuire une vingtaine de minutes à 220°C et servez tiède.

Et si vous vous fichez de passer pour une timbrée monomaniaque, c’est délicieux aussi avec de la confiture d’oranges !




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