534 pages avant la fin du monde


Seuppa alla valpellinentze estivernale
17 février 2012, 19:43
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Parce que les bons plats d’hiver, tout le monde le sait, sont bien meilleurs en plein été. La fondue se déguste fin août après une soupe d’orties bien chaude, la tartiflette en terrasse fin juillet, et la soupe valpelline dans un mignon resto de l’autre côté des Alpes quelque part aussi à cette période là.
Mais rien n’empêche d’être un peu nostalgique des soirs d’été en plein hiver…

Parce qu’il existe des choses (dans mon cas très souvent pleines de fromages) dont on rêve toutes les nuits même plus d’un an après y avoir goûté. Et ça te court après au point que quand d’autres se ruinent les sinus des heures durant en reniflant 350 parfums dans ces boutiques insupportables toi tu rêves de l’odeur d’une grosse gamelle pleine de fromage. Quand on te parle du mec-dans-le-film-qu’il-est-tellement-trop-beau-tu-vois toi t’imagines à la place de sa tête une grosse gamelle de soupe pleine de fromage, accompagnée d’une douce haleine de Fontina… Et quand partout ça parle saint-valentin-et-toi-qu’est-ce-que-tu-crois-qu’il-va-t’offrir toi tu rêves juste d’une grosse gamelle de soupe garnie et bien épaisse pleine de fromage coulant avec du pain du chou de l’orge des pommes de terre et le petit vin blanc qui relèguera au rang d’infâme piquette tous ceux que t’auras pu goûter avant.

Bon, à l’origine, dans la soupe valpelline y’a ni orge ni vin blanc. Mais pendant que je dévorais mon bol il y a deux ans dans le mignon petit resto de l’autre côté des Alpes (tu suis ?) Monsieur s’attaquait à sa gamelle de soupe à l’orge tout aussi valdôtaine et délicieuse. Et l’an dernier on est rentrés de Morgex le coffre chargé d’un stock de précieuses bouteilles alpines. Alors quoi de mieux que tout mélanger dans la même marmite pour raviver les souvenirs ?

J’avoue que l’expérience est périlleuse, la recette de base étant aussi légère que le cul d’une vache valdôtaine, il faut savoir ce qu’on fait en y rajoutant quelque chose. Mais j’avoue que le résultat est plutôt concluant et que je pourrais presque rivaliser avec Pam Pam (parce qu’il faut bien crâner un peu de temps en temps).

Pour une belle grosse gamelle à partager à deux il te faudra :
Le tiers d’un gros chou vert, ½ verre (avant cuisson) d’orge perlé, 1 pomme de terre moyenne, 3 ou 4 très grosses tranches de pain de seigle (ou blé complet, ou petit épeautre…), 200g de Fontina, ½ verre de vin blanc de Morgex, 1,5 litre de bon bouillon de légumes (Ariake), 25g de beurre.

Cuire l’orge perlé une bonne heure à petits bouillons dans le bouillon de légumes (ça va réduire, c’est normal, c’est pour ça qu’il faut prévoir une bonne quantité de bouillon).
Cuire la pomme de terre dans une casserole d’eau et l’éplucher ensuite. Laver et couper le chou grossièrement. Le blanchir une première fois avant de le cuire dans une grosse casserole d’eau légèrement salée.

Préchauffer le four à 220°C.
Dorer légèrement les tranches de pain sous le grill, ajouter quelques lamelles de Fontina par dessus et laisser au four une minute de plus pour que ça commence tout juste à fondre. Disposer ensuite les tartines dans une jolie gamelle sur les côtés, ajouter la pomme de terre taillée de gros dés au milieu, puis le chou bien égoutté.
Verser l’orge avec le bouillon jusqu’à presque remplir la marmite, râper tout le reste de la Fontina par dessus et ajouter le vin blanc. Recouvrir du beurre coupé en tranches fines.
Enfourner une vingtaine de minutes jusqu’à ce que le fromage soit bien doré et servir chaud.
Déguster à deux, à la cuillère à soupe, directement dans la gamelle, avec le reste de la bouteille de vin.



Tarte du moine et fin du monde
9 février 2012, 18:49
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Je me suis toujours demandé pourquoi les trucs qui sont si bons qu’on se roulerait dedans trois fois par jour sont la plupart du temps fabriqués par des moines (monsieur Bordier a dû j’en suis sûre faire secrètement vœu de chasteté…), et surtout s’ils en mangent, eux. Et sans retenue devant les autres ou cachés dans le placard ou à quatre pattes derrière le rideau du confessionnal ?
Parce qu’ils sont sensés savoir se tenir non ? Ou du moins faire semblant. Et ne pas mollement céder aux bas plaisirs, ignorer l’affolante délectation que procure l’indécent fromage dégoulinant qui fond doucement sur la langue, renoncer à l’ultime jouissance de pouvoir ensuite lécher la cuillère de confiture et sans pudeur aucune la replonger dans le pot jusqu’à ce qu’il soit complètement vide…

Parce que les meilleures confitures que je connaisse (en dehors des miennes qui sont plus que divines donc hors concours c’est évident, je devrais un jour penser à me faire nonne…) sont fabriquées par des moines, et le fromage de Cîteaux est tout aussi cher à mon gosier qu’une Epoisses, un brie aux truffes ou un Brillat-Savarin.

Mais peut-être qu’ils ont un mot d’excuse pour les trucs qu’ils ont fabriqués, qu’ils ont le droit de s’en remplir la panse sans honte dès le petit dej parce qu’ils l’ont mérité. Sinon à quoi bon vivre pour produire un des meilleurs fromages du monde, qu’on imagine jour après jour indécemment dégouliner sur des milliers de langues perverses et affamées, si on ne peut pas soi-même en abuser ?
Y’aurait de quoi devenir un peu cinglé. Et avoir envie d’invoquer toutes sortes de trucs obscurs et démoniaques pour faire venir la fin du monde. D’ailleurs il paraît que c’est (encore) prévu pour cette année, du moins je suppose vu le nombre de gens qui atterrissent ici après avoir tapé « fin du monde 2012 » ou autre truc du genre dans leur moteur de recherche. J’espère que cette fois au moins ils seront servis…
En attendant que le ciel vous tombe sur la tête, vous prendrez bien une part de tarte…

Tartes gaillardes pomme panais et Cîteaux aux noisettes :
Pour la pâte il vous faut 140g de farine de blé complète, 30g de germe de blé, 30g de flocons d’avoine, 25g de beurre, 6 c.s. d’huile de noisettes, 2 c.s. de jus de citron, 1 grosse pincée de sel de Guérande.
Et pour l’obscène garniture : 3 pommes ariane, 2 panais, une petite poignée de noisettes décortiquées, un bon morceau de beurre salé, 1 c.s. d’huile de noisettes, 1 c.s. de miel de fleurs sauvages, ¼ de fromage de Cîteaux, 1 grosse c.s. de crème fraiche et une grosse pincée de sel de Guérande.

Mélangez tous les ingrédients de la pâte avec vos doigts et foncez deux cercles de 12cm de diamètre.
Grattez les panais et coupez-les en gros morceaux, salez très légèrement et enfournez une bonne demi heure à 220°C dans un grand plat à gratin avec un filet d’huile de noisettes. Epluchez les pommes et coupez les en gros morceaux, poêlez-les avec le beurre salé jusqu’à ce qu’ils deviennent bien fondants et caramélisés.
Remplissez vos fonds de tarte en mélangeant pommes et panais, répartissez un filet de miel et un peu de crème fraiche par dessus et terminez avec de gros morceaux de Cîteaux et les noisettes concassées.
Enfournez une vingtaine de minutes à 220°C. Démoulez délicatement, la pâte est très friable, et dégustez très chaud pour que le fromage soit bien coulant.
Amen.



Kourkov au Mont d’Or pas si blette
5 février 2012, 17:51
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Parce que maintenant ça y est je peux crâner, mes neuf bouquins de Kourkov sont dédicacés.
Pour une fois qu’on n’a pas eu besoin de faire au moins 400 bornes pour une rencontre d’auteur, l’après-midi d’hier a pris des airs de cadeau de Noël en retard. On a juste eu à se garer au centre-ville pour aller ensuite s’asseoir au premier rang et écouter le monsieur parler.
Parce qu’on dirait toujours que les gens ont peur, qu’ils viennent mais seulement à moitié, genre oui je suis là mais non je fais que passer alors je reste derrière j’évite de m’approcher. Comme les cancres qui s’agglutinent au fond de l’amphi pour éviter d’être interrogés. Tant mieux. Comme ça il nous reste toujours de la place devant. Situation idéale pour ensuite faire la parfaite groupie et se faire photographier avec un air niais sur la figure à côté du Père Noël.

Et parce que le soleil d’hiver fait ressortir les tendances masochistes et te pousse à te promener ensuite pendant trois heures en ville malgré les -10 -12 ou -15 degrés (de toutes façons à ce stade là ça ne sert plus à grand chose de les compter). Et sans les gants les doigts à l’air pour mieux pouvoir admirer les livres devenus encore plus précieux qu’ils ne l’étaient déjà maintenant qu’ils renferment quelques grammes d’encore bleue en plus, en forme de pingouins dessinés et de dédicaces en russe.

Et parce qu’après la pizza aux feuilles de blettes il fallait que je vous dise quoi faire des côtes avant qu’on les oublie dans le fond du frigo…

Pour réchauffer quatre mains autour d’une boite il vous faut un gros Mont d’or d’environs 800g, les côtes d’une botte de blettes, 2 belles échalottes, 2 c.s. de crème fraiche épaisse entière, un morceau de beurre salé, quelques brins de persil.

Enfournez la boîte de Mont d’Or une bonne vingtaine de minutes à 220°C sans son couvercle, après avoir dessiné une grosse croix au couteau sur le fromage et ajouté deux cuillères de crème fraiche par dessus.
Coupez les côtes de blettes en tronçons, émincez les échalottes et poêlez le tout avec le beurre salé en mélangeant régulièrement jusqu’à ce que ça caramélise.
Quand le fromage est bien dégoulinant, sortez la boîte du four, versez la poêlée de blettes par dessus et terminez avec un peu de persil.
Dégustez votre Mont d’Or aux blettes (et pas le contraire) à la cuillère directement dans la boîte avec quelques morceaux de pain complet grillé.




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